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De l’attention comme indice universel

jeudi 9 juin 2016, par Julien Falconnet

Ainsi, la parentalité m’avait convaincu de l’importance développementale de l’attention. D’autres observations m’amènent à envisager l’attention comme structurante de la vie quotidienne, voire de la société. Peut on aller jusqu’à en faire une valeur, une vertu ?

L’attention à l’autre

Lorsque l’on fréquente des amis on est parfois surpris, dans le bon sens parfois dans le mauvais. J’ai le souvenir d’un couple d’amis que je n’avais pas vu depuis longtemps. Lors du premier dîner les discussions avaient été passionnantes, nous nous étions raconté nos vies, nous avions abordé des sujets essentiels. En revanche, le dîner suivant m’avait laissé une impression de vide brûlant. Je ne m’étais pas ennuyé, le moment n’avait pas été mauvais, mais aucun sujet important n’avait été abordé. Nous étions restés dans le factuels, le distant. Il ne me reste de cette soirée que quelque souvenirs d’histoires de chats, en mode lolcat.

Cette expérience ancienne m’avait amené à me poser des questions sur ce qui faisait la qualité d’un moment partagé avec des amis. Les conclusions de cette recherche avaient été que si l’on souhaitait passer un temps plein, un temps fort, un temps riche, il fallait pouvoir aborder des sujets personnels, intimes. Et en continuant dans cette voie j’avais conclu qu’il n’y avait rien de plus intime que le doute.

Mes interrogations autour de l’attention rejoignaient complètement cette recherche et l’étendaient. Un temps plein passé entre amis était un temps où l’attention était maximale ; où l’on n’était pas en train de faire autre chose ; où l’on n’était pas distrait ; où notre attention et notre implication étaient fortes.

L’attention est donc un bon critère pour mesurer la qualité d’un moment partagé. Et dans la mesure où elle est souhaitée, recherchée, désirable, on peut dire que c’est une bonne valeur.

L’attention à l’œuvre

Cette partie aurait pu s’appeler l’attention au travail, mais je souhaitais insister sur le travail comme quelque chose dans lequel on peut s’impliquer, plus que dans ce qui nous contraint, qui rapporte de l’argent ou qui nous fait souffrir (tripalium).

Nos professeurs nous exhortaient à nous concentrer sur notre tâche, et force est de constater que pour réaliser un travail, cela aide. Cela permet de faire mieux et plus vite. La concentration est elle assimilable à l’attention ? Sans doute au moins en partie. Ici je définirai leur relations comme : "la concentration est de l’attention focalisée sur un petit nombre de sujets, par opposition à la conscience qui est une attention qui cherche à englober une situation dans sa totalité voire dans son positionnement au sein de l’univers".

Mon expérience m’a appris que lorsque je parvenais à consacrer mon attention à un problème (à la fois dans la concentration et dans la conscience), la qualité était sensiblement augmentée, ainsi que le plaisir que je prenais à le réaliser.

L’attention consacrée à un travail est donc un bon facteur prédictif de la qualité de celui-ci. Encore une fois, plus d’attention, plus de qualité. L’attention peut être considérée comme une valeur pour le travail.

L’attention aux objets

Je sors ici de mon domaine de compétence, car je ne suis pas au sens traditionnel artisan. Mais il me semble que ce qui fait la qualité du résultat du travail de l’artisan est sensiblement la même chose que ce qui fait la qualité de son travail. Il faudrait ajouter un facteur de compétence bien sûr ; qualité = attention X compétence ?

A l’inverse, la plupart des problèmes révélés par les scandales de l’agroalimentaire de masse, montre que le très faible temps d’attention consacré à chaque unité produite, va de pair avec une faible qualité gustative et sanitaire, sans même entrer dans la question de la condition animale. Il n’est pas exagéré de penser qu’il se passe la même chose avec les productions artisanale (mobilier, bâtiment, vêtements etc.)

Il semblerait donc que l’attention soit également un concept pertinent dans la sphère de la production matérielle, où elle est également un facteur prédictif de la qualité. Une valeur ?

L’attention dans toutes les sphères

De la production matérielle aux autres sphères, il n’y a qu’un pas.

En économie, où le rapport qualité-prix obsède sans que personne ne sache évaluer autre chose que le prix, l’attention devient soudain une valeur équilibrante qui ramène un peu de raison dans l’équation.

En politique, où l’écart entre le discours des élus, leurs actions et la réalité quotidienne ne cesse de s’espacer, la question de l’attention portée rapportée à chaque citoyen propose une analyse qui soutient d’un nouveau jour la décentralisation et le travail politique local.

etc.

De la valeur à la vertu ?

On montre donc que l’attention est une valeur pertinente dans de nombreux domaines. C’est une valeur qui est essentiellement individuelle et qui est toujours souhaitable. Dès lors ne peut-on pas dire que ce soit une vertu, c’est à dire une qualité individuelle qui ne peut être qu’encouragée et dont le développement et l’accroissement ne peut avoir d’effet que positif ?

Mais si on conclut que la capacité d’attention est une vertu, encore faut-il chercher les moyens de la développer, de l’accroître.


 Bien que fondamentalement athée, je me demande si mon concept d’attention comme vertu ne se rapproche pas de la charité comme vertu théologale dans le christianisme.

 La recherche d’un accroissement d’un facteur par une société peut elle suffire à identifier une vertu et une orientation morale ? L’argent pourrait alors être clairement identifié comme vertu dans notre société, en cela qu’il est présenté à tous comment toujours mieux d’en avoir plus.