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Le bien est l’ennemi du mieux ...

vendredi 6 avril 2018, par Julien Falconnet

"le mieux est l’ennemi du bien..."

En atteignant la trentaine et en regardant et en écoutant ce qui se passe et se dit autour de moi, je me demande de plus en plus si on ne devrait pas plutôt dire "le bien est l’ennemi du mieux...".

La vingtaine m’a semblé placée sous le signe de l’accession. L’accession au(x) diplôme(s) essentiellement : DEUG, licence, maîtrise etc. . Puis souvent l’accession à un premier travail : parfois job d’étudiant, parfois stage, parfois "coup de main" dans l’entreprise d’un membre quelconque de la famille... Accession à un amour partagé pour les plus timides, accession à une vie de famille pour les plus pressés, accession aux premiers amours ’longue durée’ pour la plupart... Un début même parfois d’accession à une carrière : promotion, augmentation, tète chassée...

Et puis en arrivant à la trentaine : comme un coup de fatigue. Oh, pas celui qui vous accable et vous amène à la révolte. Non, juste le constat qu’on récupère moins bien les nuits blanches, qu’on a un peu de poids qui s’installe et qui veut pas partir, enfin moins vite qu’avant, qu’on a moins envie de remplir les week-ends de sorties, qu’on a moins envie de tout expérimenter, moins envie de se battre peut être... Juste une sorte de lassitude après 10 ans de course pour rentrer dans cette vie à la fois sociale, professionnelle, économique. Au fond, ce n’est sans doute même pas de la fatigue c’est autre chose. Si on regarde bien pour la plupart des cas, on arrive en fait à un équilibre, à un confort... à un "bien". On a eu un bon diplôme, trouvé un bon boulot, un bon rythme, on forme un bon couple... Oh pas toujours tout ça et c’est pas toujours extraordinaire, mais c’est pas mal, on dirait même que c’est plutôt "bien". Il reste quelques défis mais on se donne le temps pour y arriver. On a l’indispensable et un peu plus, maintenant on peut aller chercher doucement le reste.

Et puis le temps passe, et les choses adviennent... parfois ! On ne perd pas de vue nos prochains objectifs mais la procrastination s’installe, on sait ce qu’on a perdre et on est de moins en moins certain que les choses vaillent que l’on se batte ou simplement qu’on se fatigue pour elles. Il est rare qu’on le voit aussi clairement d’ailleurs. En général, on gère le plus pressé et un sentiment bien réel de fatigue justifie naturellement le choix d’écarter le reste. Ce n’est que lors de petites crises ou de discussion tardives avec des amis que l’on admet qu’effectivement les choses ne bougent plus trop, qu’il y a comme une monotonie qui s’installe, mais sans vraiment de tristesse, une gène légère tout au plus. Et en y réfléchissant bien ça semble normale : on a l’essentiel pourquoi vouloir plus ?

Alors quand j’observe ça, la question qui me vient est : "Le bien ne serait il pas l’ennemi du mieux ?"

[Quand on voit ce qu’on voit et qu’on sait ce qu’on sait, on a bien raison de penser ce qu’on pense. (Pierre Dac ?) ]


Cet article écrit en 2007 (le 6 octobre) et oublié, je le publie en 2018 à la fois surpris par la pertinence de l’article et par le fait qu’en dix ans je n’ai pas réussi à prendre complètement la mesure des conséquences de cette analyse. Il y aurait des choses à ajouter sur la "crise de la quarantaine" mais on perdrait l’instantané de la réflexion de l’époque.