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Légitimité de fait et légitimité de principe dans les milieux associatifs et ailleurs...

samedi 20 décembre 2008, par Julien Falconnet

Depuis que j’ai commencé mon exploration du monde merveilleux des associations (sportives en l’occurrence), j’ai eu l’occasion d’assister à de nombreux échanges plus ou moins houleux. Dans les incompréhensions et des conflits que j’ai pu observer, il m’a semblé discerner l’affrontement de tenants de deux types de légitimités distinctes.

Et bizarrement, je me suis aperçu qu’on pouvait retrouver cette typologie dans d’autres contextes.


 Tu sais quoi, Robert a décidé sans rien demander à personne qu’on mangerait japonais ce midi !
 ah on sait enfin ce qu’on mange.
 Oui mais quand même de quel droit il a décidé pour tout le monde.
 Oui tu as raison, d’autant que c’est Amélie qui a proposé ce déjeuner.

Voilà une discussion que l’on a tous plus ou moins entendue un jour. Remplacez le déjeuner par un quelconque autre projet amicale, associatif ou professionnel et vous devriez trouver.

Ce qui me frappe dans ce genre d’échange c’est qu’on voit s’affronter deux types de légitimités :
 une légitimité de principe : qui repose sur une hiérarchie (c’est untel qui à la responsabilité et le pouvoir de décision), un consensus (tout le monde doit avoir pu s’exprimer) ou un contrat social relativement explicite (on doit décider ensemble).
 une légitimité de fait qui repose sur la nécessité pour le groupe que certaine décision soient prises quelque soit le mode de décision.

La seconde légitimité peut sembler discutable puisque justement il n’y a aucune lois qui y préside. Pourtant le besoin systémique d’un groupe qui doit sa cohérence et sa survie aux actions qu’il entreprend (associations, entreprises) finit par faire lois. Il me semble évident que la reconnaissance de ce besoin, donne une convention sociale implicite forte, et que la reconnaissance, éventuellement à posteriori, de l’avantage pour le groupe d’une décision prise de manière parfois illégitime permet de parler de légitimité.

Si l’on reprend l’idée qu’une entreprise (au sens large) ne peut pas survivre sans ordre, mais est incapable d’évoluer ou de s’adapter sans désordre (ou chaos), on voit bien que l’on retrouve ces deux légitimités :
 celle de ceux qui font par l’ordre : parce qu’ils ont été nommés pour cela ou en organisant le consensus (vote,...) qui donnera la légitimité à la décision, mais qui prennent le risque de la rigidité, de la partialité, de l’incompétence, du totalitarisme, de l’attentisme ou de la lenteur administrative ou collégiale.
 celle de ceux qui font par le désordre : parce qu’une opportunité s’est présentée, parce-qu’ils étaient impatients, parce-qu’ils avaient une idée originale, parce que quelque chose devait, selon eux, être fait, ou encore parce-qu’ils en avaient l’enthousiasme ou simplement l’envie. Mais en prenant le risque de désorganiser, de provoquer des tentions, des incompréhensions, d’être à coté de la plaque ou nuisible au groupe ou à certains individus.

Ces deux légitimités me semblent complémentaires, mais par contre la communication entre les tenants de l’une et les tenants de l’autre me semblent particulièrement difficile, car elle repose sur un à priori fort sur le chaos et l’ordre et sur l’action de groupe.